Décès de Miguel Angel Estrella, directeur et alumnus de la Maison de l'Argentine

Published on April 8, 2022

Talentueux pianiste et ardent défenseur des droits de l’homme, Miguel Angel Estrella, directeur de la Maison de l’Argentine et ambassadeur d’Argentine à l’UNESCO est décédé

Né le 4 juillet 1940 à Tucuman au nord de l’Argentine, d’un père poète fils de paysans libanais émigrés en Bolivie et d’une mère institutrice argentine d’ascendance amérindienne métissée, Miguel Angel Estrella se découvre une passion pour le piano à 12 ans et intègre à 18 ans le Conservatoire à Buenos Aires.

Boursier, il séjourne à Londres et Paris et intègre la Maison de l’Argentine de 1964 à 1965 en tant que résident alors qu’il poursuit des études de musique à Paris avec pour professeures Nadia Boulanger et Marguerite Long. Ses engagements et son profil d’excellence en font un des représentants de haute volée du réseau d’alumni de la Cité internationale. Cette communauté relie des profils de premier plan, issus de domaines d’étude et de recherche très divers. On compte parmi eux des personnalités aussi diverses que les prix Nobel français Georges Charpak et Luc Montagnier, deux anciens présidents du Sénégal Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf, l’ancien président tunisien Habib Bourguiba, le photographe brésilien Sebastiao Salgado, le cinéaste franco-grec Costa Gavras, le romancier argentin Julio Cortazar, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, le poète et homme politique français Aimé Césaire, le chef d’orchestre américain Seiji Ozawa.

Il a gardé un excellent souvenir et beaucoup d’émotion de ce séjour à la Cité internationale. Il a pu y rencontrer de nombreux étudiants et chercheurs du monde entier. C’était avec beaucoup de joie et d’espoir dans le monde de demain qu’il avait rejoint le campus à la tête de la Maison de l’Argentine.

Réfugié en Uruguay après avoir fui la dictature argentine au pouvoir depuis 1976, Miguel Angel Estrella n’a pas été épargné par le pouvoir autoritaire uruguayen qui l’a torturé et détenu pendant plus de deux ans. Jouant sur un clavier imaginaire en prison, il ne cessera jamais de se battre pour la paix et la liberté, à travers sa musique.

Sous la pression de comités de soutien (composés d’Yves Montand, de Simone Signoret, de Nadia Boulanger ou encore d’Henri Dutilleux), il est libéré en 1980 et revient en France, où il crée le mouvement humanitaire international la Fime (Fédération Internationale Musique Espérance), dont la vocation est de mettre la musique au service de la communauté humaine, de défendre les droits des musiciens et de travailler à construire la paix. 10 ans plus tard, la fondation deviendra l’ ONG « Musique Espérance » reconnue par l’Unesco. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1985.

Après avoir été ambassadeur de l’Argentine auprès de l’Unesco, Miguel Angel Estrella avait pris la tête de la Maison de l’Argentine à la Cité internationale, un lieu particulier à son cœur, comme il l’avait évoqué lors d’une interview.

Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches à qui nous adressons nos plus sincères condoléances.